• Cyriane

Château Mouton-Rothschild - Peins-moi un mouton


Bordeaux ; Pauillac.


Boum !


Voilà le son que j'ai produit en tombant de ma chaise, lorsque j'ai vu la réponse positive de ma demande de visite au légendaire Château Mouton-Rothschild.

Et puis après ce moment d’excitation le plus total, vient la question : est-ce qu'un château de renommée mondiale est à la hauteur de sa légende ?



Pour vous raconter son histoire, je vous propose de suivre le mouton.

À ses débuts, Mouton s'appelait Brane-Mouton (pour les fondus : oui, il y a bien un lien avec Brane-Cantenac) mais ses anciens propriétaires pensaient que leur seconde propriété était plus qualitative...


Voilà qu'un banquier : le baron Nathaniel de Rothschild (rien que ça) s'en porte acquéreur en 1853. Deux ans plus tard, pour l'exposition universelle de 1855, Mouton montre ses plus belles cornes et est reconnu second cru classé.

Mais notre mouton n'est pas encore au sommet et voit ses heures de gloire arriver grâce au baron Philippe de Rothschild en 1922. À 20 ans, il décide de bouleverser le château, de le moderniser et de se donner la totale maîtrise de la production.

Déjà : fini de vendre les vins en barrique, maintenant ce sera de la... BOUTEILLE !

Sachez que la mention « mise en bouteille au château », que l’on voit sur beaucoup d’étiquettes, vient de lui (en ayant su dire M**** aux négociants qui en avaient le monopole).



Au lendemain de la seconde guerre mondiale, après avoir été réquisitionné par l'état-major allemand, l'aventure se poursuit et l'envie de modernité aussi.

Viens donc l'idée de décorer chaque année le beau Mouton d'étiquettes différentes.

Les artistes les plus renommés s'y succéderont : de Dali à Andy Warhol en passant par... le prince Charles (WHAAATT ?).

Et oui. Aquarelliste émérite, il peindra le millésime 2004 à l'occasion des 100 ans de l'entente cordiale entre la France et l'Angleterre.


Toujours en quête d'amélioration et ayant tant œuvré pour son domaine, le baron ne supporte plus sa place de second dans le classement de 1855. D'autant que le prix (le cours) de son vin correspondait déjà à celui d'un premier grand cru.

Il aura ces mots... clairs : « Premier ne puis, second ne daigne, Mouton je suis. »

À force de ténacité, de conviction (et certainement de ronchonnerie immodérée), la consécration arrive enfin en 1973 ! Pour la première et dernière fois, le classement est revu et Mouton-Rotschild rejoint les prem's.

Et devinez qui signera ce changement ? Notre Jacques Chirac national bien sûr (alors ministre de l'agriculture) !



Entre temps, il y a eu aussi la fureur d'achats et d’acquisitions. Château Clerc-Milon, Château d’Armailhac, Opus One (aux USA)… et j’en passe.

La création de marque aussi ! D’ailleurs (puisque nous y sommes), qu’une chose soit BIEN CLAIRE : Mouton Cadet N’EST PAS le second vin de Mouton-Rothschild ! Il s’agit d’un vin qu’ils réalisent principalement avec des achats de raisins (à hauteur de millions de bouteilles) pour un public beaucoup plus large à un prix significativement plus bas (Bordel) !

Pour le second vin (le vrai), ils ne sont pas allés chercher bien loin pour le nom : Petit Mouton fera l’affaire !

Aujourd’hui, les trois enfants de la fille du baron (vous me suivez ?) gèrent le domaine « familial » et en développent chacun une partie.


Mais me voilà à vous raconter la vie de ce beau mouton, sans même vous dire ce qu’il a dans les tripes !


Avec environ 90 ha de vignes sur le terroir si typique et chaud des « graves », ils réalisent : le grand vin, le second vin, la cuvée Baron Nathaniel et leur vin blanc « Aile d’Argent ».

De manière générale, ils vendangent légèrement surmûris afin d’obtenir des tanins plus souples.

Cela paraît très anodin mais ça ne l’est pas ! Une grande maison se doit de rester constant et vendanger à surmaturité est un gros risque d’obtenir des raisins… pourris.


Mouton a depuis peu un chai monumental pour mettre à profit des moyens modernes et développer la qualité.

Puisque l’on vient à la partie « création », autant le dire : leur cuvier en jette (GRAVE) ! Là-dessus, les Bordelais sont forts !

Vu d’extérieur, c’est une immense porte en bois sur plusieurs étages (jusque-là, rien d’extraordinaire) mais à l’intérieur c’est la fête.



Une réception de vendanges démontable comme un décor de théâtre, des rails au plafond, une trieuse optique et des cuves (sous modèle déposé ! Oui monsieur !) à l’étage inférieur pour éviter le surplus de pompage et utiliser la gravité !

Les vinif’ se font dans de grandes cuves (malolactiques inclues) puis après un bon mois de patience, l’assemblage ! Quand je dis assemblage, je ne parle pas que des cépages mais aussi des différentes parcelles !

Le secret, c’est le dosage ! Cabernet sauvignon et merlot (beaucoup), cabernet franc et petit verdot (un peu), et surtout un peu de vignes tardives par-ci et de vignes précoces par-là.

Un vrai travail de chef cuisinier !





Chaque année, de nouveaux processus sont testés (et plus ou moins approuvés) pour ne jamais se reposer sur ses lauriers !


Certaines pratiques qui semblent follement ancestrales sont par contre conservées si la modernité n’y a pas sa place ! En allant vers leur chai d’élevage, je suis passé devant des employés contrôlant le vin à la bougie. Oui oui ! Le machin en cire là !

Ils m’ont promis que ce n’était pas pour moi qu’ils le faisaient mais que ce contrôle se faisait TOUJOURS comme ça !


En fin de parcours, après être passée devant le très (très) long chai d’élevage et devant le trésor de guerre (avec des bouteilles datant de 1859, rien que ça), il reste le « musée ».


Oh non on s’amusait bien là !


Attendez avant de cliquer sur la croix en haut à droite ! Il y a musée et musée ! Et puis vous êtes chez le Mouton le plus connu au monde (merde) !

Des pièces rares autour du vin datant de 4000 ans, des chinoiseries et évidemment, la salle des étiquettes.

Modernes, classiques, drôles, tristes, belles, moches… Chacune a une histoire et il ne vous reste plus qu’à choisir ! Ma favorite va à celle de 1989 représentant deux béliers qui « tombent » au milieu des débris : symbole de la chute du mur de Berlin.


J’ai aussi beaucoup aimée celle de 2015 mais parce que celui-là, je l’ai gouté MouHaHa (rire démoniaque).

L’élégance mêlée à la puissance, assurant un long potentiel de garde : c’est peut-être ça l’apanage des grands.


Quoiqu’il en soit, un vin jeune tel que celui-ci se mariera volontiers avec une belle viande comme un filet de bœuf. La « simplicité » a du bon !

Si vous êtes arrivés à lire jusqu’ici, il ne reste plus que la dégustation du grand vin sur deux millésimes différents !



C'est parti pour la dégustation !


AOC Pauillac - Premier grand cru classé 2017 👍

Cette année compliquée pleine de gel et de sécheresse aura eu raison des cabernets francs ! Seuls le cabernet sauvignon, le merlot et le petit verdot répondent à l’appel ! Le nez est fumé, parfumé et épicé. La jeunesse laisse passer les notes de fûts neufs (boisé) et de fruits noirs croquants. Pour la bouche j’ai écrit : « très très très tout ». Très juteux, très soyeux, très long…


AOC Pauillac - Premier grand cru classé 2015

Malgré l’année extraordinaire, j’avoue avoir préféré le 2017. Assez similaire, il présente des notes de cassis, de mûre et de vanille. La texture est plus douce au départ puis monte crescendo ! La finale est épicée et juteuse.


Écrit par Cyriane, avec amour.


#bougebouteille #blogvin #pauillac #moutonrotschild

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